
a month agoLa rencontre de deux univers graphiques : Visuellement aussi, la rencontre surprend. Les univers d’Aude Mermilliod et Edmond Baudoin semblent d’abord évoluer aux antipodes l’un de l’autre. La première privilégie un style plutôt réaliste et coloré, traversé par le mouvement et la danse. Le second déploie un dessin plus brut, torturé, parfois inquiétant, davantage tourné vers l’immobilité et les méandres de la pensée. Ces différences se complètent et l’alternance des planches dans l’album transforme cette « opposition esthétique » en dialogue visuel. Les échanges prennent la forme d’une correspondance où les mots trouvent leur prolongement dans les traits. Aude Mermilliod et Edmond Baudoin exploitent ici pleinement la liberté permise par la bande dessinée.
a month agoUn livre aux chemins multiples : Construit comme un album-conversation, les pages d’Emmanuel Baudoin répondent à celles d’Aude Mermilliod. Les premiers échanges portent sur le livre lui-même, sur ce que chacun souhaite en faire. Pour Aude Mermilliod, cette question se révèle particulièrement complexe : comment réussir à exprimer sur le papier ce qu’elle ressent d’elle-même ? Puis la conversation bifurque et s’aventure vers le monde, la vie, les enfants, le consentement, Gaza et bien au-delà. Le divulguer dans cette chronique empêcherait le lecteur de vivre pleinement cette expérience et de se laisser embarquer par le cheminement des pensées des deux auteurs. Tout ne se comprend pas forcément et certaines réflexions peuvent laisser à distance. Mais une qualité traverse chaque page : la sincérité. Aude Mermilliod et Edmond Baudoin ne cherchent ni à lisser leurs contradictions ni à masquer leurs incertitudes. Ils se dévoilent avec leurs convictions, leurs failles et leurs blessures. Ce qui surprend dans cet album, c’est le foisonnement de remises en question. Ces deux auteurs confirmés choisissent de montrer le doute plutôt que la certitude. Cette fragilité fait du bien et apporte de la force au propos. Elle révèle l’humain dans toute sa complexité, dans ses côtés lumineux mais aussi plus sombres. L’album raconte aussi la relation entre les auteurs. Deux regards sur la vie se confrontent, se répondent et se heurtent. Quarante ans les séparent et l’un refuse le mystère quand l’autre cherche à s’y accrocher. Deux générations, deux sensibilités, deux manières d’appréhender l’existence qui pourtant finissent par trouver un terrain commun. En ouvrant cet album, le lecteur doit accepter de quitter les sentiers balisés. Impossible de savoir où mènera le prochain détour ni ce que les propos vont réveiller en soi. Cette liberté peut dérouter et laissera même des lecteurs sur le bord du chemin. Mais il est difficile de rester insensible face à la prise de risque des auteurs de se dévoiler ainsi. « Rêver la rivière » s’éloigne clairement des codes de la bande dessinée classique. Mais cette échappée ouvre une autre voie, celle de regarder le monde autrement.
