Posted On: March 23rd 2026, 03:34 pm
Paul, le grand-père de Benjamin Fogel, ne lui a pas raconté grand chose directement. Pas pour les mêmes raisons que d’autres survivants de la Shoah. Son silence n’est pas lié à l’indifférence sidérante de ceux qui ont repris le cours de leur vie et surtout ne rien voulu savoir des six millions de juifs assassinés par les nazis dans les camps d’extermination. Et encore moins entendre ceux qui en sont revenus tout en y restant. Non, son silence est le fruit de l’endroit que Paul Fogel a longtemps habité. Une zone grise. Une zone où les battements de son cœur le maintenaient en vie contre les souvenirs. Benjamin Fogel le résume ainsi. Son grand-père était « Coupable d’être heureux. » autant que « Coupable d’être malheureux. »
Le romancier est certain de son diagnostic. Paul Fogel était atteint du « syndrome du rescapé. »
Prisonnier du temps qui s’est arrêté le jour où des policiers français ont cogné à sa porte pour le conduire à Drancy avec son frère Robert et ses parents Hélène et Armand.
Son petit-fils Benjamin a décidé de remettre l’horloge en marche. Pour libérer son grand-père, il raconte dans son roman l’incroyable évasion de treize hommes d’une bravoure inouïe qui ont décidé d’échapper à la barbarie en sautant du convoi 53 qui les menait à la mort.
D’une écriture magnifique, l’auteur leur rend hommage en leur faisant place dans nos vies. Sa science du récit se hisse à la hauteur d’une aventure profondément humaine au milieu de ce que l’histoire du monde a produit de moins humain. Il n’épargne rien au lecteur mais se concentre à dessein sur les petits choix qui font des hommes, des grands hommes. De son roman, leur panthéon. Et dans le fracas du monde actuel, il se livre à un geste littéraire d’une beauté et d’une force nécessaire.
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