Posted On: May 5th 2026, 09:24 pm
Jour 5, 4h32, La Nouvelle-Orléans, 2024. Réveil dans le noir absolu, avec cette excitation légèrement teintée de scepticisme qui précède les expériences dont on ne sait trop quoi attendre : une cérémonie vaudoue, petit-déjeuner inclus. Les officiantes ont du retard, mais qu’importe. Ici, paraît-il, ces rites ne sont ni secrets ni marginaux, les curieux y côtoient les initiés, et personne ne semble trouver cela incongru. Avant même de voir quoi que ce soit, on entend. Des voix, des intonations rythmées, quelque chose qui gronde à travers les murs d’une maison à l’angle de la rue. Puis la porte s’ouvre : une quinzaine de femmes sortent en procession, l’une portant un nouveau-né contre elle comme s’il était déjà, lui aussi, initié au mystère. Elles récitent des chants aux paroles insaisissables, déambulent avec des porte-encens dont la fumée dessine des arabesques dans l’air déjà brumeux. Elles forment une large ronde et sont rejoint par des musiciens et un danseur masqué, relais entre le monde terrestre et les strates orléanaises les plus mystiques, tournoyants tous ensemble, encore et encore, aux rythmes des tambours et des incantations de la sorcière. Le spectateur au chapeau joue d’un instrument dont j’ignore le nom en marge du groupe et finira pas recevoir une bénédiction de la cantatrice. Et presque imperceptiblement, le ciel commence à pâlir. Ce qui avait débuté dans l’obscurité s’achève dans la lumière dorée des premières heures, comme si le soleil lui-même avait été convié. Et nous rentrâmes, silencieuses, dans une ville qui commençait tout juste à se réveiller comme si rien de tout cela n’avait existé.