Posted On: April 12th 2026, 08:13 am
[Pikacoustics]đïžLe bruit et la fureur dâune AmĂ©rique Ă la dĂ©rive convoquent, par contraste, son flot de nostalgie rĂ©paratrice. Certains se rĂ©conforteront en regardant Love Story, lâidylle chahutĂ©e de John Jr. et Carolyn. Dâautres, comme moi, Ă©couteront Sinatra. Dans une discographie gigantesque, partagĂ©e entre les annĂ©es Capitol et le rĂ©pertoire Columbia, difficile de faire un choix quand tout a Ă©tĂ© dit et tout a dĂ©jĂ Ă©tĂ© encensĂ©. Le plus simple, câest peut-ĂȘtre de le retrouver chez lui, dans son Ă©lĂ©ment, Ă Las Vegas. Sinatra at the Sands, enregistrĂ© en 1966, fait partie de la discographie idĂ©ale de tous les amateurs de jazz et de pop. Ce concert mythique bĂ©nĂ©ficie dâune Ă©dition vinyle remarquable, remastĂ©risĂ©e en 2010 par Mobile Fidelity Sound Lab. Le programme est allĂ©chant : Count Basie au piano, Quincy Jones Ă la direction dâorchestre et des chansons mĂ©morables entrecoupĂ©es de monologues du chanteur dont on se demande si, ce soir lĂ , il nâest pas non plus tenancier de bar ou amuseur public. Je ne vous ferai pas la leçon sur le swing et la prĂ©sence de Sinatra (Fly me to the moon). Pas de laĂŻus inappropriĂ© non plus sur la qualitĂ© des orchestrations, Ă lâĂ©lĂ©gance infinie (The shadow of your smile), sur la rutilance des cuivres et la lĂ©gĂšretĂ© du toucher de piano (One for my baby). Rien non plus sur la qualitĂ© des silences ou lâĂ©quilibre princier de la voix, dĂ©barrassĂ© de toute emphase inutile. Le mastering en demi-vitesse (half speed) nâest sans doute pas Ă©tranger Ă la juste reproduction des hautes frĂ©quences et en particulier des flĂ»tes et clarinettes sur September of my years. La scĂšne sonore, aussi large que profonde, retranscrit Ă merveille lâĂ©motion de la salle qui bruisse des exclamations du public autant que du tintement des verres. TantĂŽt tendre ou vainqueur, comme il fut dĂ©mocrate et rĂ©publicain, Sinatra dĂ©ploie en 1h12 seulement un concert en CinĂ©maScope. Et quand lâaudience finit par rĂ©clamer « one more », Sinatra conclut par My kind of town, sommet inĂ©galĂ© de ferveur collective. Un disque essentiel, miroir intimiste dâune Ă©poque, Ă réécouter avant le retour sur cette page de la new wave. Et pas nâimporte laquelleâŠ