Posted On: October 8th 2026, 03:18 pm
Ma dernière lecture -fort bonne au demeurant- relatait un massacre, l'avant dernière un inceste et celle d'encore avant fut d'une noirceur sans nom. J'ai beau avoir le coeur (et les tripes!) bien accroché, j'ai tout de même ressenti le besoin d'une lecture non pas plus légère mais... oui ... plus douce. De la douceur, encore de la douceur, toujours de la douceur! C'est ainsi que mon envie de coton et moi-même nous sommes trouvées face aux "Choses que je croyais perdues", roman de Clémentine Mélois dont je ne savais rien jusqu'à ce petit texte désarmant de poésie et de nostalgie, doux (on y est) bien que teinté d'amertume, plus profond qu'on ne pourrait le croire.
"Les Choses que je croyais perdues" ce sont celles de la narratrice qui, seule dans l'appartement qu'elle occupait autrefois avec son ex-compagnon, entreprend de trier ses affaires pour son déménagement à venir. Que garder? Que jeter des objets qui s'amassent et auxquels s'attachent des souvenirs: celui d'un moment, d'une mot, d'une sensation? Cette histoire n'aurait pas dû en être une, elle avait tout d'un inventaire et le serait devenue sans le pouvoir étrange et la magie ordinaire des choses auxquelles s'attachent immanquablement les souvenirs et les histoires qui font nos vies. C'est ainsi que le grand tri opéré par la narratrice se métamorphose en un bilan doux-amer et poétique de sa relation passée puisque chaque objet qu'elle emballe lui en rappelle un fragment, raconté en creux. Raconter une histoire d'amour à travers les "choses" qui l'ont habitée, les traces matérielles qui lui survivent relève à la fois d'un acte poétique qui transfigure le réel dans ce qu'il a de plus prosaique que d'une archéologie -bouleversante- de l'intime. Étrange narration à rebours que celle-ci où le présent dévoile un passé qui ne s'était pas encore révélé à son personnage et dont les objets qui l'entourent lui rappellent et lui révèlent en même temps ce que fut son amour, comme si les traces matérielles dessillaient enfin son regard. Les objets ne s'encombrent pas d'illusions... C'est doux, c'est émouvant et surtout infiniment clairvoyant.
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