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(la forme des jours)
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Lundi matin. On m’avait prévenu : le mur d’enceinte du lycée Lakanal avait été graffité à plusieurs endroits par des slogans fascistes (croix celtique, signature ‘FAF’, références à la jeunesse ou à la JENESSE dans une affreux lapsus orthographique). Les nazillons supportent mal les mobilisations lycéennes. 
J’ai pris des photos pour garder une trace. À 10h00 les équipes du lycée avaient effacé les tags, merci à elles ! 
Je n’avais pas dans l’idée d’en publier ici. Je ne me résous pas facilement à souiller mon mur avec des saloperies. Et puis chaque jour apporte des nouvelles de digues qui s’effondrent et de barricades improvisées pour les défendre : il y a plus urgent que ces graffiti. 
Ce matin par exemple, un lycéen de 16 ans qui participait au blocus de Paul Éluard à Saint-Denis aurait insulté les flics après une charge policière violente. Le proviseur l’aurait accompagné dans son bureau où les flics l’auraient cueilli – « avec l’accord du chef d’établissement » selon la Préfecture. 
L’histoire est symptomatique d’une époque où les recteurs incitent les établissements à faire entrer la police dans les murs – ce qui semblait impensable quand j’avais l’âge des manifestant·es. 
Mais elle se termine joliment, en tout cas pour l’instant. Des personnels éducatifs se sont interposés pour empêcher l’exfiltration aux cris de « libérez notre élève », et la police a dû se retirer sans sa prise. 
On croirait une scène de ‘Notre Dame de Paris’. Alors qu’Esmeralda doit être exécutée, la foule voit Quasimodo la sauver, monter les tours de l’église et apparaitre au sommet en répétant « avec frénésie jusque dans les nuages : Asile ! ». Alors elle se transforme en un peuple qui crie son admiration d’une seule voix « Noël ! »
Cette page est un tube, beaucoup des élèves mobilisé·es la connaissent pour l’avoir étudiée. Peut-être a-t-elle façonné leur imaginaire comme le mien – un imaginaire face auquel la violence policière, la surdité gouvernementale ou l’imbécillité de groupuscules nazis ne peuvent pas grand-chose. 
Dans mes photos de lundi dernier il y a celle-ci. Un élève, un graffiti facho, une pièce de Hugo et un jeu de quilles. Soit un état des lieux. RV samedi ! taken in Lycée Lakanal by @philippe.duke
7
a day ago
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L’ami Éric Fassin a pris sa retraite. Joie ! il aura plus de temps pour écrire et intervenir dans l’espace public. Ce samedi, ses ami·es, collègues, ancien·nes étudiant·es de l’ENS ou de Paris 8, camarades des luttes LGBT, queers, féministes, antiracistes, Roms… se sont rassemblé·es pour une journée de colloque informel sur ce qu’on lui doit. 
J’avais été invité par Joana Masó à participer à la table ronde « politiques » parce que nous avons partagé les combats du PaCS puis de ‘Cette France-là’ contre les politiques d’immigration de Sarkozy. D’autres sessions étaient organisées : sur les questions de genre et de sexualité dont il a été l’un des passeurs en France ; sur ses engagements pour les libertés académiques ; sur un internationalisme intellectuel et amical parti de sa réflexion sur le « miroir transatlantique »… 
Pour beaucoup d’entre nous, Éric reste associé au séminaire sur l’actualité des questions sexuelles qu’il a lancé en 1996, puis animé avec M. Feher et M. Tort. Là se sont inventés des modes de problématisation qui nous sont aujourd’hui familiers, même s’il nous faut plus que jamais les défendre ; là s’est forgée une langue pour penser nos luttes, nos jeux identitaires, nos désirs. Toutes ces portes ouvertes aujourd’hui, Éric se les est cognées quand elles étaient suspectes de ‘politiquement correct’ ou, plus tard, de ‘wokisme’. Il l’a fait avec cette ingénuité mi-sincère, mi-calculée qui, comme le rappelait Michel F., l’apparente à un homme du XVIIIe siècle qui parie sur l’existence d’un terrain rationnel commun. 
Éric n’est pas devenu réac. Par les temps qui courent, c’est presque remarquable. C’est qu’il n’a jamais considéré les jeunes et les militants comme des rivaux. Les réacs, eux, lui en gardent rancune. Irène Théry qui, à l’époque du PaCS, convoqua l’institution universitaire pour l’intimider. Ou Caroline Fourest, pourtant ex-groupie du séminaire, qui l’a désigné sur une radio publique comme responsable indirect de l’assassinat de Samuel Paty. De l’une comme de l’autre, on se rappellera l’indignité. 
Samedi, quelqu’un a rappelé l’une des maximes d’Éric : « Si tout le monde est d’accord, c’est qu’on n’a rien dit. » Je prends. 

#ericfassin by @philippe.duke
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4 days ago
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Voilà l’automne.

Chrysanthème - Cosmos chocolat - Delphinium - Chêne - Hortensia

@sophiefleuriste.54 
#fleursdominicales taken in 75019 by @philippe.duke
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5 days ago
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Faire à l’infamie la publicité qu’elle mérite pour la rendre plus infâme encore.

#edouardroux #marianne by @philippe.duke
21
6 days ago
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Elle s’appelle Lou Belbèze. Je l’ai rencontrée parce que j’avais accepté d’être le rapporteur de son mémoire de fin d’études à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle, section design textile. J’avais dit oui en dépit d’un savoir du textile rudimentaire. Mais l’ENSCI me fascine depuis que j’y ai accompagné un autre étudiant il y a quelques années : j’y vois un modèle d’école qui ravive mes rêveries sur les cours d’Anni et Josef Albers au Black Mountain College, je suis ému que les locaux restent ouverts toute la nuit pour permettre aux étudiant·es d’y être chez eux…
Le mémoire de Lou est exceptionnel. Je dis « mémoire » mais c’est un livre où l’exigence de pensée invente ses formes, passant du poème au journal, de l’enquête auprès d’éleveurs de brebis à l’analyse théorique et critique d’œuvres d’artistes (Liliane Giraudon ou Marinette Cueco, Hessie ou Simon Hantaï, Derek Jarman ou Rosa Luxembourg pour son herbier de prison…). Lou s’y demande comment la couleur pousse dans le fil qui constitue son matériau ; elle fait venir la diversité chromatique des laines crues, questionne, à la fois idéologiquement et esthétiquement l’étape du blanchiment et revient à des couleurs textile dont elle rappelle, à rebours de toute une tradition platonicienne, la matière – non sans évoquer, depuis son amour de la couleur, la sale histoire coloniale des pigments, la sale histoire écologique des teintures synthétiques. Je vais trop vite, qu’elle me pardonne.
Comme chaque fois à l’ENSCI, la présentation du mémoire est précédée par un bilan des années d’écoles et suivie par l’exposition de ses dernières recherches. Lou a continué de m’épater. À la fois pour la beauté de ses propositions, pour la construction d’un alphabet chromatique qui teint les fils sans passer par le blanchiment, pour son souci de faire venir, à même le tissage, les origines végétales ou animales des fils, mais aussi pour l’acuité politique de sa pensée. Qu’au moment des remerciements, Lou ait salué la grandeur de l’enseignement public dont elle a bénéficié, les mobilisations lycéennes et rappelé un génocide à Gaza qui a déjà 3 ans – soit ses années d’école – a achevé de me bouleverser.

@loubelbeze taken in ENSCI - Les Ateliers by @philippe.duke
42
6 days ago
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En passant en revue les photos que j’ai prises hier au Trianon pendant le beau concert de Bill Callahan, je découvre qu’une fois passés les trois premiers titres, il a fermé les yeux pour ne presque plus jamais les rouvrir. Si tout de même, une ou deux fois, à l’occasion de très laconiques ‘Thanks a lot – Thank you’, ou de blagues marmonnées qui font flop. C’est pourtant les yeux clos qu’il est le plus présent, quand il parait s’absenter de son corps maladroit, de ce faux air de Swann Arlaud du Maryland. Sa voix de baryton-basse, alors, semble venir tout droit d’une intériorité que le public pourrait compromettre. 
Callahan avait ouvert le concert avec la chanson de son dernier album, ‘Why do men sing ?’ Tout ce qui s’en est suivi était une réponse à sa question. C’est tellement dur de parler, de regarder dans les yeux, de consentir à sa fragilité, d’être en public quand on est un cow boy d’autoroute. Alors on chante et, comme le lui dit en rêve Lou Reed, « Let it ride, let it ride into a dwarf star or a black hole. Or someone else’s soul. »
Laisse faire, laisse filer dans l’âme de quelqu’un d’autre. Exactement.

#billcallahan taken in Le Trianon by @philippe.duke
11
7 days ago
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Cette image, trouvée dans une vente d’art populaire, vient de rejoindre mes murs. C’est peu dire qu’elle m’enchante. Elle est signée Joseph Ottinger, dont j’ignorais tout avant que l’ami @jerome_poggi me le fasse découvrir. 
Ottinger était imprimeur-éditeur à Munich dans la deuxième moitié du 18e siècle. Il fabriquait des multiples mais chaque exemplaire était doté d’une aura singulière. Il découpait des motifs dans ses propres gravures, puis glissait sous la zone perforée des papiers de couleur vive, des coupons de tissus, des feuilles métallisées pour égayer et rehausser le dessin. Le résultat tient autant de l’image d’Épinal bricolée que du Matisse du pauvre : un double plagiat par anticipation. 
Merveilleuse, mon image l’est aussi pour sa représentation de la Sainte famille dans une maison-atelier de Nazareth qui hésite entre la chaumière et le palais baroque. Papa fend, maman coud, le petit Jésus balaie gaiement les copeaux de bois éparpillés sur le sol. Ce dieu-là n’est pas bégueule : il fait le ménage comme vous et moi. Vous avez dit art populaire ?

#josephottinger by @philippe.duke
22
9 days ago
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 by @philippe.duke
5
10 days ago
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Lycée Lakanal, Salle 5 (khâgne BL), mardi 6 octobre 2026
—
Je reste effaré de la déclaration du ministre de l’Intérieur Nuñez, qui se vantait vendredi dernier sur TF1 de n’avoir donné aux forces de l’ordre « AUCUNE CONSIGNE DE RETENUE » face aux manifestants lycéens.
RETENUE, substantif féminin : « Aptitude à se contrôler, à maîtriser ses réactions. »
Il n’y a pas si longtemps – disons 25 ans – les blessures et les mutilations infligées par la police à des enfants auraient justifié la démission d’un ministre de l’Intérieur. Et qu’on n’aille pas me dire que les policiers subissent eux-mêmes des violences, comme s’ils n’étaient pas formés pour les contenir sans mettre de l’huile sur le feu – ce qui suppose de la RETENUE. 
En 2026, 190 élèves peuvent bien être gravement blessés après une semaine de contestation : le gouvernement reste droit dans ses bottes. by @philippe.duke
18
10 days ago
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#edouardgeffray #sebastienlecornu #laurentnunez by @philippe.duke
9
11 days ago
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La dernière fois que j’ai parlé à Hélène Hazera, c’était lors d’une engueulade épouvantable dans la cour de la Maison des métallos. Nous avions coutume de nous disputer – elle me reprochait de n’être pas assez anarchiste ; je trouvais qu’elle l’était moins qu’elle ne le croyait elle-même. Mais cette fois ce n’était plus du jeu. Nous nous sommes insulté·es trop fort et devant trop de témoins pour nous rabibocher.
Aujourd’hui qu’elle est morte, ce souvenir me revient au détriment des autres : des thés dans le foutoir de son appartement ; des leçons sur la chanson en pleine manif ; des récits des actions dada des Gazolines ; de nos différends sur une littérature française des années 1930 qu’elle aimait un peu trop à mon goût ; du situationnisme ; du chantier qu’elle ouvrit à Act Up en y amenant sa vie de trans séropo aux prises avec l’incompatibilité des antiviraux et des traitements hormonaux.
L’engueulade, donc. Pour Hélène, j’avais fait œuvre de « révisionnisme ». Mon crime, ou plutôt notre crime, à Robin Campillo et à moi ? L’une des militantes de 120BPM était trans, alors qu’au moment supposé de l’action Hélène n’était pas encore arrivée à Act Up. Quand je lui ai répondu que nous nous étions en effet autorisé une transgression de quelques mois, que c’était l’un des droits de la fiction, mes ennuis ont commencé : cette manip, reprochait-elle, était intéressée, elle visait à exonérer l’Act Up des premières années de son ignorance crasse sur les questions trans.
J’étais blessé, j’ai mordu. Je lui ai dit que le rôle joué par Naëlle Dariya dans le film avait été écrit comme on rêve pour racheter un regret. Entre 1990 et 1996, j’espérais qu’Hélène viendrait à Act Up, avec la mémoire et la culture activiste du FHAR qui était la sienne. À l’époque, je ne comprenais pas pourquoi les militant·es de la génération précédente auxquel·les je devais tant nous évitaient comme la peste. Hélène était venue, enfin ! – mais tellement tard. 
Je ne saurai jamais si Hélène a compris que mes insultes étaient une manière d’hommage, une déclaration d’admiration. Je vociférais tant que cela devait être inaudible. J’aimerais qu’on puisse l’entendre aujourd’hui. 

#hélènehazera by @philippe.duke
17
11 days ago
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‘Mi madre y el dinero’ est un spectacle dépourvu de rouerie. Ou plutôt : ‘Mi madre y el dinero’ la joue cash, en faisant du calcul dont il pourrait procéder l’un de ses matériaux. Quand on est un jeune théâtreux de Mexico qui peine à joindre les deux bouts, inviter sa mère sur scène, en faire l’actrice de son récit de vie, se mettre soi-même en scène en p*d* racisé, raconter une vie de misère aux 50 métiers dont la galère croise l’histoire d’un Mexique post-colonial et les spoliations par les pays riches du pétrole de Campeche… c’est pain bénit pour le public en mal de compassion et de théâtre documentaire d’un festival international. Au passage, on dispensera une recette de chorizo – un souvenir de l’appartement familial un temps transformé par Josefina Orlaineta en laboratoire de charcuterie – qu’on dealera pendant le spectacle dans des sacs plastique produits par le Festival d’automne parce que le spectacle vivant c’est aussi ça : de la chair à vendre. 
Anacarsis Ramos a raison : la pièce est souvent drôle et émouvante. D’autant qu’il confère au théâtre d’autres missions plus intimes : prendre à témoin le monde de ce qu’on a à dire à celles et ceux qu’on aime ; leur parler comme on ne l’aurait jamais fait sans prétexte ; rendre à sa mère la monnaie de sa pièce, de son amour et de son énergie ; relever des « vies merdiques » en les racontant et en leur reconnaissant par là une dignité.
Chapeau au festival d’automne : programmer ce spectacle en carton qui fait art de sa pauvreté à côté de pièces mieux dotées, plus rodées et parfois plus roués, c’est fabriquer de l’égalité où il n’y en avait pas. 

#anacarsisramos #josefinaorlaineta #mimadreyeldinero #festivaldautomne2026 by @philippe.duke
5
12 days ago
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